« Le Caravage », dans l’oeil d’Alain Cavalier

Alain Cavalier est un réalisateur un peu mythique, et pourtant, je ne peux pas dire que je sois adepte de son cinéma, au contraire.
Je me souviens encore l’avoir découvert lors d’une projection au festival du court de Vendôme (sa ville natale par ailleurs) il y a 10 ans  :
« Le Filmeur » (2004) m’avait marqué. Une autobiographie au caméscope, lente voix-off de derrière l’objectif, nature morte faite de poires pourries, un homme qui dort et une mouche qui vole autour. De mon côté, un ennui profond, une impression de voyeurisme mal-placé, une sorte de « Loft Story du 3ème âge ». Ce sont mes souvenirs et ils sont très probablement erronés et approximatifs, car modifiés au fil du temps.
Je vois tout de même en lui le pendant masculin raté d’Agnès Varda, qui a aussi filmé des docus/autoportraits au caméscope, mais dont l’énergie sans limite se communique au delà de l’écran.

Quant aux films avec des chevaux, ça n’a jamais été mon rayon.
Que ce soit « L’homme qui murmurait… », « Sport de filles », ou pire encore « Jappeloup »… Souvent à milles lieux de la réalité, le cheval est rarement mis en valeur pour ce qu’il est, la crédibilité est absolument inexistante. Mon regard est très critique en matière de présence équestre dans les films.

Forcément, si l’on raisonne par logique mathématique, j’aurais du me tenir éloignée du film équestre d’Alain Cavalier : Le Caravage. Mais avoir des a priori n’est utile que si on passe son temps à les éprouver et à les remettre en question !

Tout simplement, la bande-annonce du film m’avait interpellée. Lorsqu’on aime les chevaux de près, on sent immédiatement que l’équidé, en l’occurrence Caravage, la monture lusitano-anglo-arabe dont la hauteur correspond à la longueur des jambes de Bartabas, est placée au cœur du film, au centre de l’image, dans son environnement quotidien, dans la réalité de son existence et de son individualité.

La genèse de la réalisation, c’est une rencontre entre le réalisateur, Alain Cavalier, et le cavalier, Bartabas, lors d’un festival de cinéma. Alain Cavalier parvient à se glisser dans l’écurie le matin, avec son caméscope DV. Au début, il est en retard, peut-être un peu trop étranger à ce monde si codifié. Progressivement, il se noue une complémentarité entre cet œil extérieur et le couple cheval/cavalier.

Le tournage aura duré près de 10 ans, bien que le film ne reflète que les deux dernières années. Au départ, il n’y avait aucune intention de réalisation, aucun projet concret de monter les images pour en faire un film. L’idée s’est imposée tardivement, le temps que le réalisateur prenne confiance et repères vis-à-vis des mouvements, des habitudes du duo.

Le Caravage BartabasDe mon point de vue, il est heureux que l’équidé apporte sa vitalité au film, car le réalisateur porte un regard contemplatif-passif qui m’exaspère facilement.
Le quotidien de l’écurie est parfaitement souligné : répétitivité des gestes, technique automatisée, rapidité sereine, voilà enfin la réalité. Plusieurs professions équestres sont mises en avant. Je voudrais montrer ces images à ceux qui s’imaginent que travailler avec les chevaux, c’est vivre dans « Grand Galop ».
Caravage est blessé deux fois : à ce niveau, les chevaux sont des athlètes autant sujets aux lésions que dans d’autres sportifs. La blessure interrompt brutalement le travail, et remet les objectifs en question, une période qu’on imagine difficile à la fois pour le cheval et pour le cavalier.
L’expressivité de ce cheval est illustrée avec clarté, authenticité. Le regard du réalisateur est juste envers Caravage, ses émotions et son individualité.

Le Caravage Bartabas

Il y a beaucoup de non-dits dans ce film presque muet, qui peuvent laisser la place à des interprétations fausses, des approximations. Cette liberté apparente du spectateur me semble plutôt être une source de confusion, d’erreur, d’incompréhension. Il faut accepter que le film ne raconte pas une histoire du début à la fin, il s’agit d’un aperçu incomplet, un puzzle à trous, un assortiment de moments, de souvenirs captés, vécus comme un rêve.

J’ai aimé le film malgré tout, et je le recommande à tous les amoureux des équidés. S’il y a parmi vous des adeptes du cinéma d’Alain Cavalier, n’hésitez pas à me dire pourquoi, car je suis curieuse.

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