« Un château en Italie », autobiographie ?

C’est vrai que je vais souvent au ciné en ce moment, bien que je ne parle pas sur le blog de tous les films que je vois (je vous épargne mon avis sur La vie domestique par exemple…). Faut dire qu’à Rouen, le ciné est à 4€ seulement pour les moins de 26 ans… le bonheur ! Du coup, j’en profite pour y aller au coup de cœur, sans réfléchir des plombes pour savoir si j’ai vraiment envie de voir le film (quand tu payes ta place 10€ à Paris, ça fait pas du tout le même effet psychologique).
Alors je ne me suis pas posée de question avant de voir Un château en Italie, j’ai vu la bande-annonce 15 minutes avant la projection, et voilà. Je ne connaissais rien qui touchait à la réalisatrice ni à son histoire.

Un château en Italie

Les personnages sont extrêmement variés et intéressants, parfaitement construits. Leurs obsessions, leurs contradictions sont mises en avant, et assumées. C’est ce qui les rend totalement crédibles, par leur originalité. Tout se passe comme dans la vie, Louise (incarnée par la réalisatrice Valéria Bruni-Tedeschi) jongle entre une relation amoureuse avec un homme bien plus jeune qu’elle, une famille fortement attachée à son histoire, et l’envie de descendance qui la ronge.

 

Face à cette famille bourgeoise italienne, effrayée à l’idée de voir disparaître sa mémoire, face à cet arbre mourant voué à disparaître, je me suis remémorée le jardin agonisant et pourrissant décrit par Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le guépard. La transition à une nouvelle ère, effrayante, qui signifie la mort.
La complexité des relations amoureuse est idéalement illustrée. D’un côté, un couple touché par la maladie, qui continue à se construire malgré l’angoisse, la fragilité. De l’autre, Louise et son jeune amant, que tout éloigne, du milieu social aux envies qui les portent, en passant par les doutes et questionnements qui les envahissent, leur quête individuelle d’identité.
Et puis la mère, confrontée à la douleur, qui cherche des coupables et se réfugie dans la foi, comme perdue dans ce monde qu’elle ne comprend plus.
Sans oublier cet ami de longue date aux relents d’alcool qui apparaît et disparaît, semble raviver douloureusement les souvenirs d’un temps passé plus heureux. Une sorte de fantôme attachant, dont on ne peut se défaire mais à qui on ne veux pas tendre la main.

Un château en ItalieUn château en ItalieUn château en Italie

Esthétiquement parlant, j’adore. On est au plus près des personnages (sans les oppresser pour autant), les décors ont quelque chose de profondément authentique. Tonique et coloré, l’environnement nous happe, encouragé par une bande sonore en synergie parfaite. Les thèmes sont délicatement traités, l’humour est présent, l’émotion aussi. Le rythme ne laisse à aucun moment le spectateur décrocher, et le jeu d’acteur est particulièrement qualitatif.

Un château en Italie

Ce film méritait sans aucun doute la sélection au festival de Cannes 2013 dont il a bénéficié. Mais lorsque j’ai réalisé, suite à quelques recherches, que le film relate de nombreux faits qui appartiennent réellement à la vie personnelle de Valéria Bruni-Tedeschi (la mort de son frère, sa relation avec l’acteur Louis Garrel qui joue justement son amant, sa mère qui incarne son propre rôle, ses origines italiennes, le tournage dans le château de famille, son envie de devenir mère), j’en suis restée perturbée. Est-ce que ce film n’est qu’une simple autobiographie de la réalisatrice ? Cette idée m’a en quelque sorte déçue, et s’est insinuée en moi d’une manière néfaste. Comme si j’avais été trompée parce que je ne le savais pas en voyant le film. Tout ce que j’avais aimé dans cette histoire, ce scénario qui m’impressionnait par son originalité pourtant si réaliste, appartenait finalement à quelqu’un de bien réel, et j’avais donc pris la place d’un voyeur sans le vouloir. Je trouve la démarche en quelque sorte bizarre. Je me suis imaginée aller demander à un ex « dis, je vais faire un film pour raconter ma vie, tu veux pas y rejouer notre rencontre ? ». Et puis en visionnant la bande-annonce de son précédent film, Actrices, j’ai eue comme une impression de déjà-vu…
Cependant, il est à noter que la réalisatrice se défend d’avoir réalisé un film entièrement autobiographique. Je vous livre ses mots : « Il s’inspire de choses qui me sont arrivées, bien sûr, mais aussi de choses que j’ai observées, et de choses qui sont arrivées aux personnes avec qui j’écris. De ce qu’on a lu, vu, entendu, rêvé. Lorsque la réalité n’est pas assez forte ou pas assez spectaculaire, on la pousse un peu, on y applique une licence poétique qui la transforme, l’extrapole et la fait glisser vers le tragique, le comique, le grotesque, ou le romanesque. La réalité que je connais ou que j’observe est le matériel de départ. »

Un château en Italie

La bonne surprise, c’est que ce film a été réalisé par une équipe principalement féminine, dont Noémie Lvovsky en tant que scénariste. Souvenez-vous de son premier film, Camille redouble qui était une vraie réussite !

Bref, j’ai vraiment adoré ce film, mais ce qui l’enveloppe me laisse un sentiment assez étrange.
J’aimerais beaucoup avoir vos avis !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Je parle aussi de...

, , , , , , , , , , ,

3 Responses to « Un château en Italie », autobiographie ?

  1. Gloria 25 novembre 2013 at 11 h 53 min #

    Ce film me tente bien grâce à toi! :-)
    Bisous

  2. Heroysa Monster 26 novembre 2013 at 0 h 22 min #

    J’avoue que ta critique me donne terriblement envie de le regarder, surtout que je ne connais pas du tout.

    • Easy Maybe 26 novembre 2013 at 19 h 26 min #

      C’est vraiment pas mal :) c’est juste moi qui me pose trop de questions :p
      Bises

Laisser un commentaire