La violence dans les mots – JK Rowling et Margaux Fragoso

Cette année, j’ai participé aux Matchs de la rentrée littéraire 2012 organisés par Priceminister. Le principe est le suivant : tout blogueur, pour peu qu’il sache lire, peut participer en lisant un des 12 livres de la sélection 2012, puis en rédigeant une critique sur son propre blog. Les avis sont ensuite récoltés par un Jury constitué de 4 blogs de lecture et du blog Priceminister, ce qui permet de décerner un prix de satisfaction des blogueurs.

Je me suis attelée à la lecture de deux livres de cette sélection : Une place à prendre de JK Rowling, et Tigre ! Tigre ! de Margaux Fragoso.

Je n’ai pas vraiment besoin de vous présenter le premier, il aurait été difficile de passer à côté de la promo de ce bouquin. Il s’agit évidement du nouveau roman de la célèbre créatrice du monde fantastique de Harry Potter. Aux éditions Grasset, ce pavé de 680 pages, traduit de l’Anglais par Pierre Demarty, s’adresse à un public adulte.
Il dépeint la vie sociale d’une petite ville traditionnelle d’Angleterre, où tout le monde se connaît. Lorsqu’un des membres du Conseil de la ville est inopinément emporté par la mort, l’effervescence s’empare de tous les habitants. Quand certains vivent dans la douleur la perte d’un ami, d’autres y voient l’arrivée d’un poste vacant au siège du Conseil, où s’affrontent depuis toujours deux camps adverses…

Le second est passé bien plus inaperçu, malheureusement. Margaux Fragoso nous offre dans ce premier ouvrage le récit de sa propre enfance, à partir de 7 ans, qu’elle a vécu aux prises d’un pédophile. Il dévoile la relation de dépendance qui naît entre Margaux et Peter, le jeu de manipulation de cet homme qui abuse de jeunes filles privées de défense et d’amour. Traduit de l’Américain par Marie Darrieussecq, ses 406 pages sont parues en France chez Flammarion, mais aussi dans 23 autres pays.
Margaux a 7 ans lorsqu’elle rencontre Peter, qui l’attire instantanément, tant il semble être un bon père, alors qu’il chahute avec ses deux fils adoptifs, à la piscine. En allant à sa rencontre, elle découvre une maison-zoo où les caïmans n’ont pas le droit de grandir, une famille reconstituée où les règles sont inexistantes, un homme qui préfère jouer avec les petites filles qu’avec les jeunes garçons. Insidieusement, Peter érige la petite fille au rang de déesse, tisse ses fils manipulateurs autour de son esprit, crée en elle un besoin vital de recevoir son amour, en compensant sa vie de famille douloureuse, entre un père violent et une mère maniaco-dépressive. La dépendance est née, qui poursuivra Margaux 15 ans durant.

Si j’étais très curieuse de découvrir Une place à prendre, il se trouve que j’ai malheureusement été vraiment déçue de ma lecture. Dés les premières pages, j’ai aimé la narration à plusieurs voix, car les regards différents se croisent en apportant chacun une subjectivité qui leur est propre. Le passage de l’un à l’autre des personnages se fait très naturellement, mais il faut quelque temps pour situer les différents personnages par lesquels le fil de l’histoire se poursuit. Mais le récit prend rapidement une direction que je n’aime pas du tout. La vulgarité devient le mode d’expression le plus commun, la cruauté se dévoile sous toutes ses formes en de multiples personnages, sans parler de l’arrivisme, l’hypocrisie, la condescendance, le sentiment de supériorité, la lâcheté, le mépris des autres, la méchanceté. Ces sentiments s’expriment souvent à l’encontre des plus faibles, jusqu’à les dénuer de toute confiance en eux, de tout espoir, les laissant détruits. Je suis incapable d’en finir la lecture, car c’est pour moi un supplice que d’assister aux faits-et-gestes d’individus pareils. Par dessus tout, c’est la vulgarité incessante employée par presque tous, et le ton cru, gratuitement violent, des descriptions provocatrices, qui me fait haïr ce bouquin.

2/20

Lorsque j’ai définitivement renoncé à lire Une place à prendre, je me suis tournée vers Tigre ! Tigre ! avec une toute petite appréhension, à cause du sujet principal très lourd, la pédophilie. Effectivement, certains moments sont « difficiles », dans les faits, mais le style littéraire étant particulièrement fin, délicat, pudique, on ne tombe jamais dans la vulgarité. Les scènes violentes sont racontées avec un léger recul, qui nous permet de nous tenir à une distance suffisante des personnages pour que ce soit supportable. Ainsi, à l’inverse du roman de JK Rowling, à aucun moment je n’ai souhaité arrêter ma lecture à cause de la rudesse des propos. On s’attache très vite à Margaux, mais aussi à sa mère complètement dépassée, qui aurait voulu bien faire mais ne le peut pas. Même Peter, aux travers sexuels pourtant impardonnables, nous est dépeint comme quelqu’un d’agréable, gentil, humain… Le regard que Margaux pose sur lui est dévoué, admiratif, amoureux, et personne autour d’elle ne semble conscient du problème qu’il cache de façon habile. Margaux éprouve face à ses agissements une gêne, parfois une colère, qu’elle ne sait expliquer, mais c’est sur elle-même qu’elle en porte la culpabilité, sa dépendance étant trop solidement ancrée dans son cerveau par les propos doucereux de Peter. Et c’est ça qui me gêne moi, je voudrai pouvoir lui dire, à 8 ans, à 12 ans, à 16 ans, « ce n’est pas toi le problème ».
En lisant, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans les récits de Torey Hayden, une psychologue chargée de classes d’élèves handicapés ou perturbés, un ton juste dénué de pathos pour dire l’indicible, la douleur, le mal-être. Et seul ce ton là peut rapporter des faits réels de cette ampleur.
J’ai été retournée par l’histoire, émue par le personnage de Margaux, impressionnée par la qualité d’écriture, et au final entièrement emballée par ce livre.

18/20

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2 Responses to La violence dans les mots – JK Rowling et Margaux Fragoso

  1. Un monde de toute beauté 25 novembre 2012 at 13 h 23 min #

    Coucou,

    Je viens de finir Une place à prendre de mon coté (hier matin). J’ai écrit ma critique précédemment (ici : http://unmondedetoutebeaute.wordpress.com/2012/11/20/une-place-a-prendre-sur-ma-table-de-nuit/) et nos points de vue sont assez proches.

    Mais je dois dire que l’écroulement final vaut le détour et est parfaitement rythmé. Y’a pas de miracle pour autant hein, mais je suis satisfaite de l’avoir fini et j’ai dévoré la fin. Reste à présent à retrouver foi en l’être humain… Un conseil ? 😉

    • Easy Maybe 27 novembre 2012 at 11 h 51 min #

      Très honnêtement, tes propos m’intriguent mais pour me replonger dans la lecture, il me faudra attendre un jour où mon courage est à son maximum.
      Je ne te crois pas, tu n’as pas pu perdre foi en l’humanité, pas toi. :)

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