Le combat ordinaire, la perte de substance

Il m’arrive parfois d’aller voir un film en étant convaincue que ça va me plaire. Et rarement, il m’arrive pourtant d’être déçue. C’est tout à fait ce qui s’est passé avec Le combat ordinaire.

le combat ordinaireSituons le contexte. J’ai découvert l’auteur de BD Manu Larcenet à travers Le combat ordinaire. J’ai dévoré les 4 tomes en une soirée. Les jours suivants j’avais été hantée par ce récit dessiné, à la limite de l’obsession.

le combat ordinaireDargaud nous présente ainsi la série :

« À travers l’histoire d’un jeune photographe de presse s’interrogeant sur ce qu’il doit faire de sa vie, Larcenet brosse une comédie parfois drôle, parfois triste sur le passage à l’âge adulte, sur l’amour et les choix qu’il implique, sur notre comportement vis à vis des autres et du passé. Une grosse claque par un auteur en état de grâce. »

le combat ordinaireAutant vous dire que je n’ai pas demandé mon reste pour découvrir sur grand écran le film adapté de la BD par Laurent Tuel. La bande annonce était accrocheuse, bien qu’un peu sentimentale (cet aspect m’effrayait).

le combat ordinaire affiche« Le combat ordinaire, c’est le combat de Marco, jeune trentenaire, un brin bourru, mais animé de bonnes intentions et qui, à partir de petites choses, de belles rencontres, d’instants précieux, souvent tendres, parfois troublants, va se reconstruire et vaincre ses vieux démons. »

Au final, je sors de la salle avec une énorme frustration.

Je dois reconnaître que l’univers, l’ambiance de la BD est parfaitement retranscrite. L’histoire est respectée au détail près, à la vignette près, au mot près. Le dialogue ne semble d’ailleurs pas du tout retravaillé pour le format cinéma. Certaines répliques issues du texte original font mouche, mais il est fréquent que les formulations fassent tout simplement retomber la sauce par inadaptation. La prose n’est pas celle d’un film mais bien celle d’une BD ! Le rendu manque d’authenticité.

le combat ordinaire filmSi la photographie du film est excellente (en même temps, l’inverse aurait été dommage compte-tenu du fait que la photo est justement au centre de l’histoire), j’ai été particulièrement choquée par certaines prises de vue « zoomées » violemment, pas proprement du tout. Je suis désolée mais il s’agit là d’une grosse agression de ma rétine. D’autant plus que ce n’est pas à un moment où l’œil du spectateur se trouve dans l’objectif de l’appareil photo. On pourrait croire à un film de vacances (« Étienne, arrête de jouer avec le caméscope de tata ! »).

le combat ordinaire filmPourtant, il est très appréciable de déceler à travers le film les vignettes, la découpe et la construction générale de la BD originelle. L’effet miroir entre les deux formats est saisissant.

Les acteurs, quant à eux, manquent régulièrement de justesse. Encore une fois, c’est dommage car j’ai eue la nette impression qu’il aurait été possible qu’ils soient justes. Ça tenait à un fil, mais le résultat n’est pas à la hauteur. J’ai eue la même impression que lorsqu’on était au collège à faire un exposé qu’on avait pas assez travaillé à l’oral, qu’on est obligé de garder les yeux fixés sur sa feuille, et qu’on débite un texte d’une manière pas du tout naturelle. Un peu plus de travail à la maison aurait suffit à garantir la crédibilité nécessaire.

le combat ordinaire filmSi la ressemblance entre certains acteurs et le personnage de la BD qu’ils incarnent est frappante (le père, Bastounet, Pablo…), je suis sceptique quant au choix de Nicolas Duvauchelle dans le rôle de Marco. Non pas que je le critique en tant qu’acteur, mais il m’est difficile de croire au personnage de Marco sous ses traits. J’y vois une erreur de casting, un acteur qui ne colle pas au rôle.

le combat ordinaire filmAutre petit bémol, l’aspect politique, bien présent dans la BD, disparaît presque dans le film. Pourtant, il me semble que c’est ce sur quoi se construit l’histoire, qui est avant tout un texte engagé. Cette absence retire la substance intrinsèque au récit.

Dommage, on cherche où est l’adaptation, je ne vois ici qu’une transposition de la BD, un copié/collé pur et simple dans un format long-métrage.

le combat ordinaire filmJe ne peux que vous encourager à lire la BD, et à vous faire votre propre avis. Par ailleurs, une question m’était venue d’emblée à la suite de la lecture de cet ouvrage, et je souhaite recueillir votre avis sur la question :

pour vous, c’est quoi, « le combat ordinaire » ?

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2 Responses to Le combat ordinaire, la perte de substance

  1. Vickie in the sky 26 juillet 2015 at 14 h 46 min #

    Aah, ton avis sur ce film me fait peur >< . Comme toi, j'ai dévoré les 4 tomes du Combat Ordinaire. J'avais jamais autant ri, pleuré devant une lecture de bd ! C'est bien la première fois qu'une bd me touchait à ce point. Puis en voyant qu'il allait être adapté au cinéma, puis en voyant la bande-annonce, j'ai eu un gros pincement au coeur, parce que je sens que cela ne va pas me plaire. Mais j'irai quand même le regarder par curiosité !

    • Easy Maybe 27 juillet 2015 at 0 h 22 min #

      Hello Vickie !
      ça fait toujours très plaisir de te voir par ici :)
      As-tu lu aussi le retour à la terre ? Un autre format, une thématique similaire, c’est excellent !
      J’ai hâte d’avoir ton retour sur le film alors.
      Bises, bel été.

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