Zelda & Scott, enfants terribles du jazz

Il faut que je m’efface un peu pour vous livrer mon expérience de samedi soir. Je ne vais pas vous raconter subjectivement ce que cela a réveillé en moi, mais tenter de retracer de manière objective les émotions qui s’en émanent. Certes, cette entreprise d’objectivité est illusoire, mais j’ai été dépassée par ce que j’ai vu.

J’ai été incitée par une amie à me rendre au théâtre pour voir une pièce : Zelda et Scott.
Les personnages sont au nombre de six : Scott Fitzgerald, Zelda Sayre devenue Fitzgerald et Ernest Hemingway, dit Hem, mais aussi une trompette, une batterie, et une contrebasse.

« Zelda et Scott raconte la comédie du jazz, le drame du couple,
la folie d’un monde immensément beau parce qu’il se sait mortel. »

N’ayant aucune notion biographique sur le couple, ni sur les œuvres littéraires des uns et des autres, je me suis entièrement laissée guidée dans la découverte de leur histoire. (Si vous ne voulez pas savoir, ne lisez pas !)

Zelda & Scott

La rencontre, celle qui n’arrive qu’une fois, ouvre le bal. C’était écrit, Zelda est née pour être sa muse, Scott le sait, le sent. Le destin ne doit pas être contrarié, ils doivent se réunir pour atteindre les sommets (est-ce le même fatum qui ouvre bon nombre de pièces antiques, auquel nul mortel ne peut échapper ?).

« Les dieux vous ont choisis. » dira Ernest

Le jeune couple fascine alors tout les États-Unis. Scott a du succès, les lettres de ses fans l’enorgueillissent.

« Je plains les femmes qui sont dans vos bras car la vie leur paraîtra sans saveur quand elles n’y seront plus. »

Les deux amoureux vivent la fête des années folles, sont la fête, ils papillonnent l’un et l’autre, sans jamais pourtant s’éloigner. La passion, la danse, le sexe, l’art, tout est vécu avec intensité. Leurs rêves de gloire les font palpiter, ils sont prêts à tout. Ils se sentent éternels.

« Chaque minute était prodigieuse, chaque défi était un jeu.
Même l’amour avait un goût d’éternité.
 »

Plus Zelda libère son audace presque folle, plus l’inspiration vient à Scott, et bientôt il ne peut se passer d’elle pour écrire ses héroïnes, allant même jusqu’à piocher à la source, dans ses carnets intimes.
Le pouvoir de l’un sur l’autre alterne, l’un décide et l’autre suit, puis l’inverse, chacun mène la danse à son tour, pour finalement terminer dans les bras l’un de l’autre.

Zelda & Scott

Ai-je vraiment envie de vous raconter la suite ? La jalousie, la schizophrénie, la dépression, la déchéance. Perdre son inspiration est ce qu’il y a de pire pour un artiste. C’est comme perdre l’amour et la joie qui nous habite, c’est comme perdre une partie de soi.

Mais aussi « Écrire c’est arracher un bout de soi. »

Les auteurs s’entremêlent, on invite Shakespeare pour une analyse littéraire, Zelda se retrouve dans Nijinsky qui soignait sa folie par la danse, on cite John Keats qui dans ses vers livrait à Scott le titre de son prochain roman « Tendre est la nuit ». La littérature est personnifiée, tant l’ego d’Ernest devient disproportionné.

« Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d’exister, sans douleur, à minuit.
 » Keats – Ode à un rossignol

La folie inspire, tout comme la décadence, la violence, la désolation, la perdition.
Zelda se perd jusqu’au pourrissement. Ses rêves de gloire sont infructueux, sa vie est peine perdue.

« Il n’y a pas de beauté sans le sentiment que tout ça s’en va, que tout ça retournera en poussière. »

Zelda & Scott

Scott et Zelda me rappellent à Roméo et Juliette, nés pour être ensemble, qui se retrouvent pour mourir dans les bras l’un de l’autre. Bien plus tard suivra le suicide d’Ernest, comme pour clôturer l’épopée dramatique.

Le jeu est fin, la musique capitale, rythmant le cœur des comédiens. L’émotion est riche, le sentiment est fort, la chorégraphie parfaite.

En quittant le théâtre, nous croisons Julien Boisselier. Si le public a été emporté, « c’est qu’on a bien fait notre boulot ». Je confirme.

Je cède tout de même à l’envie d’aborder les thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur.
La mémoire cellulaire – Zelda veut concevoir un enfant dans la fête et le jazz, car s’il est conçu au mauvais moment il sera triste toute sa vie. Comme si sa conception déterminait son destin (cela se retrouve dans l’astrologie et la mémoire cellulaire).
Les carnets intimes – J’ai commencé à écrire sur des carnets il y a presque un an. Parfois je n’écris rien, parfois je ne peux plus m’arrêter et je me relève la nuit pour ne pas oublier.
L’inspiration – C’est un outil que je ne maîtrise pas. Parfois elle vient, parfois elle s’enfuit. Frustrant. Pourquoi écrire si c’est pour le faire sans cœur ?
Je sais aussi ce que ressent Zelda à être source d’inspiration. Si elle se sent précieuse, indispensable, la créativité de Scott la vide, comme s’il se nourrissait de ce qu’il y a en elle, la réduisant à vivre dans son ombre, et la précipite dans la chute.
Scott vole son inspiration à Zelda, Ernest vole son titre à Scott, faudrait-il donc être un voleur pour être inspiré ?

La folie inspire, depuis longtemps déjà. Poursuivons par la lecture d’Érasme et son Éloge de la Folie, comme me le conseille mon amie. « Je suis la folie et je vous parle à tous, maintenant écoutez-moi, je vous parle. » me résume-t-elle.

Zelda & Scott

Zelda & Scott, c’est au théâtre de la Bruyère à Paris.
C’est mis en scène par Renaud Meyer,
joué par Sara Giraudeau, Julien Boisselier et Jean-Paul Bordes,
sans oublier le Manhattan Jazz Band.
C’est jusqu’au 28 décembre, du mardi au samedi.
C’est entre 22 et 38€ et ça vaut vraiment le coup.

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